Formateur utilisant un extincteur sur un bac à feu pédagogique NOVA pour illustrer les classes de feu

Classes de Feu A, B, C, D, F : Guide Complet 2026

Un stagiaire m'a déjà dit, extincteur à eau à la main, prêt à l'envoyer sur un feu de friteuse simulé : "de toute façon un extincteur c'est un extincteur, non ?" Il a eu de la chance que ce soit un exercice. Sur un vrai feu de graisse, l'eau aurait provoqué une projection d'huile enflammée sur plusieurs mètres. C'est exactement pour ça que la classification des feux existe, et c'est aussi pour ça qu'après plus de 15 ans à former des stagiaires sur le terrain, je reviens systématiquement sur ce sujet en début de session : tant que ce point n'est pas acquis, tout le reste de la formation repose sur du sable.

Ce guide reprend ce que j'explique concrètement en formation, dans l'ordre où je l'explique, avec les erreurs que je vois revenir année après année.

Le principe : chaque feu a sa propre nature

Un feu de bois ne se comporte pas comme un feu d'essence, qui lui-même n'a rien à voir avec un feu de friteuse ou un feu de métal. La norme européenne NF EN 2 range ces différences en 5 classes officielles : A, B, C, D et F. Une sixième catégorie, la classe L, a fait son apparition récemment pour les feux de batteries lithium-ion — j'y reviens plus bas, c'est un sujet que je vois de plus en plus remonter dans mes formations en entreprise, avec l'essor des trottinettes et vélos électriques sur les parkings.

Avant de rentrer dans le détail, un point que beaucoup de formateurs zappent : ces classes ne servent pas juste à passer un QCM. Elles conditionnent l'agent extincteur à utiliser, et se tromper peut littéralement aggraver un incendie. J'ai vu (heureusement en formation, jamais en situation réelle grâce à ça) ce que donne de l'eau sur un feu d'huile.

Formateur utilisant un extincteur sur un bac à feu pédagogique NOVA lors d'une formation incendie en entreprise

Tableau récapitulatif des classes de feu

Classe Combustible Extincteur adapté
A Solides (bois, papier, carton, textile) Eau pulvérisée, eau additivée
B Liquides (essence, solvants, huiles, alcools) Poudre, mousse, eau additivée
C Gaz (propane, butane, méthane) Poudre — mais couper l'arrivée de gaz en priorité
D Métaux (magnésium, sodium, aluminium) Poudre spéciale D uniquement
F Huiles et graisses de cuisson Extincteur classe F dédié
L Batteries lithium-ion (emballement thermique) Agent spécifique classe L, refroidissement massif

Classe A : le feu que tout le monde connaît sans le savoir

C'est le feu le plus fréquent en entreprise : bois, papier, carton, textile, la plupart des plastiques durs. Ce sont des matières qui, en brûlant, forment des braises — c'est la signature d'un feu de classe A. Dans un bureau classique, sans atelier ni cuisine professionnelle, c'est quasiment le seul type de feu auquel vos équipes seront confrontées.

L'extincteur à eau pulvérisée, avec ou sans additif, fait le travail : il refroidit le combustible et empêche la reprise. C'est aussi pour cette raison que la majorité des extincteurs installés dans les open spaces sont des extincteurs à eau — pas par économie, mais parce que c'est simplement l'outil adapté au risque réel.

Classe B : le feu qui piège tout le monde

Essence, gasoil, peinture, solvants, certains plastiques fondus : la classe B regroupe les liquides et solides liquéfiables. C'est là que je vois le plus d'erreurs en formation, parce que le réflexe naturel face à des flammes reste "de l'eau, vite". Sauf que sur un liquide inflammable, l'eau ne fait qu'étaler le feu — et pire, sur une friteuse (qui relève en réalité de la classe F, j'y reviens), elle projette l'huile brûlante.

Pour un feu de classe B, on utilise poudre, mousse, ou eau avec additif émulseur spécifique. C'est un des scénarios que je fais systématiquement pratiquer sur bac à feu, parce que la théorie seule ne suffit jamais à corriger ce réflexe.

Classe C : le gaz, où le vrai geste ne vient pas de l'extincteur

Propane, butane, méthane : sur un feu de gaz, la priorité absolue n'est pas d'éteindre les flammes, c'est de couper l'arrivée de gaz. Éteindre les flammes sans fermer la vanne, c'est laisser le gaz continuer à s'échapper sans combustion visible — ce qui crée un risque d'explosion différée bien plus dangereux que le feu lui-même. C'est un point sur lequel j'insiste lourdement en formation, parce que l'instinct pousse à foncer sur l'extincteur en priorité.

Classe D : le feu rare mais redoutable

Magnésium, sodium, aluminium en poudre : les feux de métaux sont peu fréquents hors environnements industriels très spécifiques (métallurgie, laboratoires). Ils nécessitent une poudre spéciale D — un extincteur classique, même à poudre ABC, est inefficace, voire dangereux sur ce type de feu.

Classe F : la classe la plus récente et la plus mal connue

Huiles et graisses de cuisson chauffées à haute température. Longtemps confondue avec la classe B, elle s'en distingue par un point crucial : à 180°C, l'eau projetée sur de l'huile en feu se vaporise instantanément et projette le liquide brûlant sur plusieurs mètres. Le CO2 n'est pas recommandé non plus, car la chaleur résiduelle peut relancer le feu une fois le gaz dissipé.

Depuis 2005, tout établissement disposant d'un espace de cuisson professionnel doit avoir un extincteur classe F à proximité immédiate. Sur le terrain, je constate encore régulièrement des cuisines équipées uniquement d'un extincteur à poudre ABC — non conforme, et surtout dangereux en usage réel.

Et le feu électrique, alors ?

Question que j'entends à chaque session : "et la classe E, le feu électrique ?" Réponse courte : elle n'existe plus depuis la norme NF EN 2. Un feu sur une installation sous tension n'est pas une classe à part — c'est un feu de classe A, B ou C selon ce qui brûle réellement (le boîtier plastique, l'isolant, etc.), avec une contrainte supplémentaire : ne jamais utiliser d'eau en jet direct tant que le courant n'est pas coupé. Le CO2 reste le choix le plus sûr en présence de tension, parce qu'il ne conduit pas l'électricité et ne laisse aucun résidu sur le matériel.

Classe L : le sujet qui monte en 2026

C'est la classe la plus récente, et celle qui revient le plus souvent dans mes échanges avec les entreprises depuis un an. Elle concerne les feux de batteries lithium-ion — trottinettes, vélos électriques, outillage sans fil, véhicules. Le problème avec ce type de feu, c'est l'emballement thermique : la batterie continue de générer sa propre chaleur même une fois les flammes visibles éteintes, avec un risque réel de reprise plusieurs heures après. Un extincteur classique ne suffit généralement pas ; il faut un agent spécifique et surtout un refroidissement massif et prolongé.

Si votre entreprise stocke ou charge ce type de matériel, même en petite quantité, c'est un point à intégrer dans vos formations dès maintenant — la réglementation évolue vite sur ce sujet.

Ce que je vois le plus souvent en formation

Sur le terrain, trois erreurs reviennent sans arrêt, quel que soit le secteur d'activité :

  • Utiliser le premier extincteur à portée de main sans vérifier son pictogramme de classe
  • Viser les flammes au lieu de viser la base du foyer
  • Confondre feu de classe B et feu de classe F, avec les conséquences qu'on vient de voir

La seule façon durable de corriger ces réflexes, ce n'est pas un support PDF ou un PowerPoint — c'est la mise en situation. C'est tout l'intérêt d'un bac à feu pédagogique : reproduire un départ de feu maîtrisé, dans un cadre sécurisé, pour que le stagiaire manipule un vrai extincteur sur une vraie flamme, pas sur un schéma.

Générateur de flammes NOVA utilisé pour une formation incendie en entreprise avec manipulation d'extincteur

FAQ

Combien y a-t-il de classes de feu ?
Cinq classes officielles selon la norme NF EN 2 : A, B, C, D, F. La classe L (batteries lithium-ion) s'y ajoute de plus en plus dans les référentiels récents, sans être encore universellement normée.

Un extincteur ABC couvre-t-il tous les feux ?
Non. Un extincteur à poudre ABC couvre les classes A, B et C, mais reste inefficace sur un feu de métal (classe D), inadapté sur un feu de cuisson (classe F, où il ne fait qu'aggraver la situation), et non recommandé sur les feux de batteries (classe L).

Pourquoi la classe E n'existe-t-elle plus ?
Parce qu'un feu électrique n'est pas défini par sa cause mais par le combustible qui brûle réellement. La norme actuelle classe ces feux en A, B ou C selon les matériaux impliqués, avec la contrainte de sécurité liée à la présence de tension.

Comment former mes équipes à reconnaître les classes de feu ?
La théorie pose les bases, mais rien ne remplace la mise en pratique sur un feu réel et contrôlé. C'est la logique derrière nos bacs à feu pédagogiques, conçus pour permettre ce type d'exercice en toute sécurité, en centre de formation comme en intra-entreprise.

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